CRISCO

Le 22/3/2018, 9h30-17h30, Amphi de la MRSH

Journée d’études « Aux sources de la perception sensorielle : Expression linguistique du perceptible, de l’apparition, de l’apparence et de l’existence »

Organisée par Rea Peltola & Thierry Ruchot, CRISCO


Avec la participation de Renata Enghels (Gent) et d’Åke Viberg (Uppsala)

Les verbes de perception sensorielle se repartissent dans un grand nombre de langues dans trois catégories distinctes, selon le type d’événement auquel ils font référence : 1) les verbes exprimant une activité qui est sous le contrôle de l’agent (p. ex. regarder) ; 2) les verbes exprimant une expérience non contrôlée (p. ex. voir) ; 3) les verbes exprimant le fait ou la capacité d’être perçu, la perceptibilité (p. ex. paraître) (Viberg 1984 ; Huumo 2010).

La présente journée d’étude se concentre sur ce troisième type d’expressions, jusqu’à présent le moins étudié dans son ensemble. Contrairement aux deux autres groupes, qui encodent en premier lieu la position de celui qui perçoit, ces expressions mettent en avant-plan la source ou le stimulus, c’est-à-dire ce qui est perçu. Le percepteur occupe alors une position secondaire, à tel point qu’il est susceptible de rester implicite, ce qui peut donner lieu à une interprétation générique (p. ex. ça sent bon [pour moi, mais aussi pour tous ceux qui sont potentiellement dans la position de percevoir cette odeur]).

La journée d’étude se propose d’explorer non seulement les verbes de perceptibilité, mais aussi les nominalisations, les adjectifs et les adverbes et circonstants (p. ex. visible, visiblement, à première vue) qui partagent ces propriétés sémantiques. Les contributions de la journée s’intéresseront aux constructions qui se forment autour de ces expressions et au sein desquelles la valeur de perceptibilité se détermine. Elles exploreront l’hétérogénéïté et la perméabilité formelle et sémantique de la catégorie (voir Aikhenvald & Storch 2013 ; Viberg 2015) et porteront sur les interfaces entre l’expression de perceptibilité et celle des catégories voisines, telles que l’apparition (’devenir perceptible’), l’apparence (ce qui se donne à voir peut être juste une apparence), l’existence (p. ex. finnois : huuto-a ei kuulu ’on ne peut pas entendre de/le cri [on ne sait pas s’il y en a eu un]’ vs. huuto ei kuulu ’on ne peut pas entendre le cri [on sait qu’il y en a eu un]’), la modalité (p. ex. russe : vidny byli kryšy domov ’on pouvait voir les toits des maisons/les toits étaient visibles’) et l’évidentialité.

Références

Aikhenvald, Alexandra Y. & Storch, Anne (eds.). 2013. Perception and cognition in language and culture. Leiden : Brill.

Huumo, Tuomas. 2010. Is perception a directional relationship ? On directionality and its motivation in Finnish expressions of sensory perception. Linguistics 48. 49–97.

Viberg, Åke. 1984. The verbs of perception : A typological study. Linguistics 21. 123–163.

Viberg, Åke. 2015. Sensation, perception and cognition : Swedish in a typological-contrastive perspective. Functions of Language 22. 96–131.

Contact : rea.peltola AT unicaen DOT fr


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